Terra mea [news]

13 janvier 2009 | Commentaires : 0 |

Là bas sont les jours et les fontaines où l'ombre des oliviers s'en va vers le ciel.
Là-bas les eaux d'un ruisseau s'allument de musiques cueillies sur des voyages dans les veines de la terre.
J.P. Poletti


Ils sont sept...

Sept piliers de granit habillés d'ébène, alignés devant une assemblée d'oreilles curieuses et impatientes. Sept visages fiers et sévères aux regards ténébreux. Sept corps tendus, mains croisées dans le dos.

Un ordre silencieux les fait former demi-cercle devant l'autel. De leur conciliabule jaillit un accord parfait qui s'élève et c'est leur pays qui déferle sur nos sens étourdis. Il m'est impossible de conserver les yeux ouverts devant telle force. L'église disparaît au fur et à mesure que montent les larmes...

Je suis la mère vêtue d'ombre, penchée sur le corps d'un fils assassiné. Je suis le paysan qui arrose une terre aride de sa transpiration, de son sang. Je suis Stéphane fuyant l'injustice dans le maquis et Violetta partant à la guerre accompagner son amant. Je suis Pascal, l'ancien, s'habillant de noir pour tromper sa solitude en allant à l'office. Je suis le pénitent implorant miséricorde sur le calvaire du Catenacciu au son immuable de "Perdono, mio dio".

Je suis corse au point de pleurer sur cette terre que je devine souffrance et rébellion, sur ses enfants qui meurent de vouloir être libre. Je suis corse au point de chialer sur ce banc de ne pas l'être.

Non, je ne suis pas corse car un corse ne pleure pas, il chante son malheur... Sartène, terra mea, dimmi l'inguirnu di e to stelle...

Là bas sont les montagnes avec leurs croix altières dans l'éternité des silences...
Là bas un souffle d'humanité se répand dans milles lumières.
Ma terre...